Tanneguy’s Blog

8 mars 2010

Lettre de Pierre Desplanques Octobre 1870

Lettre de Pierre Etienne Desplanques adressée à Madame Charlemagne Edouard Desplanques née Clemence Merlieux,  lors de l’investissement de la Normandie par les Prussiens (octobre 1870).

Il a alors 35 ans et est en pleine zone de combats.

La lettre n’est pas toujours facile à déchiffrer…

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Partie 1

                                                                                              Dimanche 22 Octobre 1870

Camp d’Alizay

Ma Chère Clémence

 Je mets la main à la plume pour te faire savoir que je me porte bien et que je désire que ma lettre vous trouve de même. J’ai reçu la tienne à temps et aussi deux lettres d’Edouard me donnant quelques détails sur sa bien pénible situation(1). Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que pareil malheur ne nous arrive pas.

Je suis allé muni d’un passeport et d’une permission de 6 jours voir ma femme et mes enfants que j’ai quitté lundi matin. On était bien heureux me voir. Je suis resté une heure et demi ; ma femme(2) avait des douleurs névralgiques qu’elle s’efforçait de faire passer par homéopathie, madame Pietzsch(3) avait mal à la gorge, petit Charles(4) aussi ;  c’est  ce qui m’avait décidé à partir. J’ai laissé tout le monde en bonne voie de guérison, les petits enfants n’en revenaient pas de me voir et de me caresser. Henri(5) est toujours le un peu grandi (??). Marie(5) est très allongée  elle est toujours bonne fille bien aimante bien caressante mais bien espiègle. Elle a bien rit aux éclats en me faisant lire des bêtises qui étaient sur un petit cahier. Blanche(5) physiquement a beaucoup gagné ; elle est allongée, fine, ses jambes sont bien redressées ; elle parle bien et dit presque tout, seulement exigeante, il a écrit à ceux qui s’occupent d’elle ( ??).   Ils ont tous très bonne mine surtout la dernière.

J’espère que Clémence(6) est tout à fait remise.

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(1)           Edouard ? et que lui est-il arrivé ?

Pierre parlerait ici de son frère Edouard Charlemagne Desplanques (le prénom d’usage d’Edouard Charlemagne est bien Edouard), et époux de Clémence (la destinataire).

On imagine les malheurs de la guerre ; il peut être blessé ou prisonnier, ses biens saccagés par le passage des troupes à Lizy Sur Ourcq. En effet à ce moment de la guerre de 1870 les allemands encerclent Paris et étendent dans toutes les directions les zones occupées.

Edouard Charlemagne Desplanques, sur un cliché pris vers 1898:

Edouard Charlemagne Desplanques

Puisque Pierre donne des nouvelles d’Edouard à sa femme, on comprend que ce dernier n’est pas à coté de son épouse. Edouard a-t-il été fait prisonnier ou blessé au début de la Campagne ? L’un des deux est il resté à Lizy pendant que l’autre s’écartait des troupes allemandes ?

On ne peut savoir exactement.

Edouard Charlemagne est le fils ainé d’Etienne Edouard Desplanques (1805 – 1857). Il est né en 1832 à Lizy / Ourcq.

Sa femme Clémence Merlieux , décède en 1895. Edouard se remarie en 1895, donc à 63 ans, avec la sœur de Clemence, Lucile (citée plus loin dans ce courrier). Il décède 10 ans plus tard. Il est enterré à Lizy / Ourcq.

Je ne dispose pas de photo de Clémence Merlieux.

(2)           Madame Pierre Desplanques

Mathilde Pietzsch  (22/11/1845 Sedan, 26/12/1924 (Elbeuf), mariée le 25/02/1865 à Elbeuf.

Pierre et Mathilde pris en photo vers 1870 :

Pierre et Mathilde

Commentaire recueilli :

A été pour la famille ainsi que sa descendance une relation de tous les jours. D’une égalité d’humeur exceptionnelle et pleine d’attention pour tous, elle se faisait aimer de qui l’approchait et ses descendants par leur bonne éducation et leur délicatesse de sentiments sont restés pour tous des cousins de prédilection.

(3)           Madame Pietzsch

Marie Louise Henriette DEHAN 16/05/1816 – 9/01/1909

La mère de Mathilde, ici en photo sur un cliché pris vers 1895.

Mme Pietszch née Dehan

(4)           Qui est petit Charles ?

Le fils d’Edouard Pietzsch très  probablement.  A droite une photo d’Edouard.

Edouard Pietzsch a eu 3 fils, Charles, Georges et Henri.

(Le frêre d’Edouard s’appelait Charles, mais ce ne peut être lui).

Edouard Pietzsch

Edouard s’installe en Australie, puis y décède en 1906.

Ses descendants y habitent.

(5)           Henri, Marie et Blanche

Ce sont les trois premiers enfants de Pierre Desplanques, l’auteur de la lettre. En octobre 1870, ils ont respectivement 5 ans 4 ans et deux ans.

Les voici tous les trois en photo, quelques mois avant les événements racontés ici.

Les 3 enfants

 

(6)           Clémence : 3ème Prénom de la jeune fille de Clémence, l’épouse d’Edouard Charlemagne Desplanques

Née en 1864, devient Mme Jules Courtier en 1886 (décédée en 1937)   

Marie Julie Clémence Desplanques vers 1870, avec une de ses poupées préférées Nélisse :

Clemence Desplanques

                     Et plus tard : 

Clémence était proche des enfants de Pierre Desplanques. Il y a une série de lettres enfantines qui racontent cette affection entre cousins.

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Partie 2

Le petit Amédé Garnier(1) va très bien. J’ai vu Emilie(2) qui a ses 6 enfants ; tous vont bien.  Ils sont très bien installés. Les filles vont dans un couvent suivre des cours. Les garçons sont au collège.

Elle a eu de rudes démêlés avec ma tante Cormier(3) qui est toujours aussi fourbe et aussi dangereuse que par le passé : elle n’a rien perdu de sa réputation après avoir fait partir Emilie   de leur logement commun elle est allée pour faire avorter l’arrangement qu’elle avait pris ailleurs. Puis finalement elle a quitté la ville pour Avranches où elle s’est fixée.

J’ai eu des ennuis dans mes voyages avec les révolutions de beurre et œufs(4) des habitants de St Malo, Grandville, qui ont fait embouteiller (?) leurs communications avec Jersey. J’espère que tout cela va disparaître.

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(1)          Amédée Garnier.

Quelques recherches ont permis de retrouver le lien familial. Amédé sera officier dans l’armée.

Le jeune Amédée avec sa sœur Aline et un portrait :

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Aline Garnier deviendra Madame Rouy:

Aline Garnier - Madame Raymond Rouy

 

Pour le lien de parenté, on pourra se référer  à l’arbre généalogique placé en fin de cet article.

Voici la tombe Garnier Desplanques à Paris.

Au cimetière Montmartre

 
 
(2)          Qui est Emilie ? 
Il s’agit de Emilie Desplanques épouse de Sébastien Bruyant, nièce de Pierre Desplanques (Voir l’arbre généalogique en fin d’article).
Il y aura à Elbeuf une usine de laine Bruyant Desplanques.
L’arrivée de Pierre Desplanques à Elbeuf n’est probablement pas étrangère à la présence de sa cousine et de son mari qui ont une usine de laine dans cette ville.

Image

(3)       Tante Cormier : Rose Séverine Desplanques (née en 1810) qui épouse Jean Hubert Joseph Théodore CORMIER, huissier à la Ferté sous Jouarre. C’est la soeur du père de Pierre Desplanques (Etienne Edouard)

Qui est Tité ? 

Un fermier connu de la famille ??

(4)          Qu’appelle-t-on révolution beurres et œufs et lien avec les iles Jersey ?

Les rotations des bateaux qui font ce commerce.

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Partie 3

Samedi 15 octobre, la Générale* a battu à Elbeuf à 4 heures du matin, pour réunir la garde nationale et la faire porter en avant. Toute la ville était sens dessus dessous. Les femmes pleuraient cachant les équipements. Quoiqu’il en soit à cinq heures, elle partait pour se porter quatre lieux en avant au pont que l’on trouve sur la Seine, en face Pont de l’Arche et en face aussi la côte des Deux Amants que l’on voit sur la gauche en venant à Elbeuf à 9 lieux de Gaillon. On l’a installé dans trois villages. Il y a trois Grands Gardes* sur les côtés que chaque compagnie occupa a son tour le jour et la nuit

On est là en observation, en sentinelle et couchant à la belle étoile. Les jours suivants, on monte la garde dans les villages. On couche dans la paille, les vivres viennent d’Elbeuf ils sont abondants. On fait sa soupe, nous ne sommes  pas trop malheureux ceux surtout qui ont un bon tempérament. C’est les nuits à la pluie continuelle et au froid (qui) sont dures à franchir. Nous avons eu deux  alertes, toutes deux à ma compagnie, ce n’était rien.

            32 personnes de St Soupplets* ont été arrêtées mercredi à Pont de l’Arche, elles retournaient chez elles avec 16 chevaux, des vivres, des meubles, de la literie. Elles m’ont fait demander. C’était Tité (?) et sa famille et des cultivateurs. Elles étaient perdues de direction, seulement avec leur matériel, on a pas voulu les laisser retourner aux Prussiens. Je les ai recueillies. Bonnet* est chez nous. Son beau frère chez Mme Pietzsch, des autres à la maison Mr Dalleurs (?). Les 22 autres sont couchés au jardin. C’était comme cela Mercredi soir. Depuis ce jour, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Bonnet* était malade. Si ils ont besoin de quelque chose ils savent où je suis.

Je crois que d’ici huit jours la situation va prendre une meilleure tournure et avec un peu de nerf et de bonne volonté et d’organisation nous verrons la fin de l’occupation ennemie.

Nous allons avoir 8 canons se changeant par la culasse. Un de mes amis est à Londres, et les ramène. On s’organise par ici, il nous faudrait encore 10  jours.

Je crois que nous resterons encore longtemps ( ?) et d’observation et pour aider l’armée dans ses marches.

Adieu ma chère Clémence en t’embrassant de tout cœur embrasse aussi pour moi ta petite fille, mon amitié à ( ?) Julie et Lucile.

Ton frère et ami   

Mes compliments à mon oncle et à ma tante Cailleux.

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Un garde nationale en 1870 :

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La Générale :

Batterie de tambour ou sonnerie de clairon qui appellent au combat.

Pierre Desplanques était donc membre de la Garde Nationale (?)

Un garde national

La Garde Nationale est organisée en Septembre après les défaites des armées de Napoléon III (Sedan). Elle est formée avec les moyens du bord, des armes personnelles sont utilisées, l’uniforme n’existe pas vraiment:

Elle se rassemble

Le secteur des opérations militaires citées dans ce courrier.

Alizay – Elbeuf – Pont de l’Arche – La côte des Deux Amants.:Alizay – Elbeuf – Pont de l’Arche – La côte des Deux Amants.

Grands Gardes :

Grand’garde, corps de cavalerie placé à la tête d’un camp pour empêcher que l’armée ne soit surprise. Ici se sont des compagnies de fantassins qui occupent des postes avancés.

Saint-Soupplets:

Commune de Seine et Marne, proche de Lizy sur Ourcq, d’où vient toute la famille Desplanques. Pierre Desplanques y est né. On comprend pourquoi ces personnes qui ont fuit les troupes allemandes ont cherché assistance auprès d’une de leur connaissance en Normandie. Comme Clémence habite à Lizy, Pierre donne ici des nouvelles de ses voisins. 

« Bonnet ».

Marie, la fille ainée de Pierre Desplanques épousera un Bonnet. Il y a probablement un lien de parenté. Sans doute une relation d’affaires du milieu de la Laine.

Qui sont Julie et Lucie ?

Julie et Lucile sont les deux soeurs de Clémence:

- Julie Merlieux (Lizy 30/09/1844 – Lizy 30/09/1891) est restée célibataire. Elle était surnommée “Grosse Tante”.

- Lucile Merlieux (Lizy le 30/10/1848 – Lizy 31/10/1916) est la seconde épouse d’Edouard Charlemagne Desplanques (mariés le 06/02/1897), veuf de Clémence Merlieux (Congis 29/04/1833 -  Lizy 15/12/1895). Lucile était surnommée “Petite Tante”.

Julie et Lucie

Edouard Desplanques et les trois soeurs Merlieux sont tous enterrés dans la même sépulture à Lizy, à côté des parents Merlieux.

Tante Cailleux : La mère de Pierre Desplanques était née Cailleux.

Peut-être Pierre Desplanques parle t il ici des personnes ci-dessous :

Parents Cailleux

Une naissance était proche dans la famille Cailleux. Peut être les compliments sont en rapport avec l’anonce d’un petit fils ou d’une petite fille ?

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 Les personnes citées dans le courrier :

Les personnes citées dans le courrier

 

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Recherche historique possible :

Notice : 0076498

L’Arrondissement de Louviers pendant la guerre de 1870-1871 / A. Gefrotin. – Evreux : [s.n.], 1873. – 259 p. : carte ; 19 cm.

* Sujets :Guerre : Louviers : 1870-1871

Dispo à la médiathèque de Louviers…(sur place uniquement)

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